Le Rossignol Philomèle

  Chanteur de charme

Bien avant les idoles, les ténors, les ménestrels, les chantres ou les aèdes, le rossignol était déjà, et demeure, le plus étonnant concertiste des hôtes de nos bois.

Les rossignols arrivent en Europe pour nicher au mois d’avril, après avoir passé l’hiver en Afrique tropicale. Et les bois résonnent de leurs chants incomparables, comme s’ils donnaient le signal du printemps.

Le rossignol mâle n’est pas seulement connu pour ses prouesses musicales mais pour être l’un des rares oiseaux à chanter de nuit comme de jour. Mais il n’est pas facile de l’apercevoir pendant la journée. Il se tien en effet dans des broussailles enchevêtrées faites de ronces, d’aubépines ou d’églantiers acérés, dans des fourrés de noisetiers ou de bruyères , ainsi que dans des fougères épaisses ou au milieu de touffes d’orties rébarbatives.

Ils arrivent avec le printemps et ils restent chez nous jusqu’à la mi-septembre, mais les rossignols mâles ne chantent que pendant six semaines, de fin avril à mi-juin, quand leurs œufs commencent à éclore. Il est rare de les entendre après le solstice d’été, le 21 juin. Bien qu’ils chantent pendant la journée, il est plus intéressant de les écouter la nuit, quand les autres oiseaux se taisent. Pour goûter au mieux leur mélodie, essayez de vous approcher le plus près possible, de préférence au cœur de la nuit, car ils restent souvent silencieux au crépuscule ou à l’aube, et ne se mêlent pas au chœur des autres oiseaux qui saluent le lever du jour.

Discret petit génie.

Sans son chant harmonieux, le rossignol pourrait se fondre dans la masse des oiseaux des bois et passer inaperçu.

Avec ses couleurs brunes et son allure guillerette, le rossignol ressemble à un rouge-gorge monté en graine qui aurait perdu sa tâche sur la poitrine. La marque distincte de son plumage, c’est sa queue large et arrondie, d’une riche couleur brique. Sa queue déployée, en vol ou quand le mâle fait sas cour à la femelle, permet son identification immédiate. Les rossignols volent vite et droit. L’attitude du rossignol rappelle celle du rouge-gorge : il sautille et s’arrête comme lui, les deux pieds bien plantés par terre, quand il se nourrit. Il en va de même pour ses petits bonds et ses hochements de tête ou de queue.

Il faut y ajouter sa technique de séduction et son chant territorial. Le couple émet des « tuc ! tuc ! » et des « houip ! » pour rester en contact dans les fourrés. Quand le nid est menacé, les adultes volent autour de l’intrus en le menaçant de « krr ! krr !’ ou de ‘tché ! tché ! » d’alarme lus gutturaux.

Un vrai virtuose .

Le chant du rossignol , au clair de lune, un soir de printemps égaie les âmes les plus tristes. Le chant du rossignol se distingue par sa puissance exceptionnelle. Une volée de notes claires explose depuis un buisson, et c’est l’enchantement qui commence ! Les trilles succèdent aux trilles, brillantes, véloces, toujours renouvelées, que nul musicien à ce jour n’a réussi à transcrire en musique.

En artiste consommé, le rossignol mâle sait moduler son récital. Il lance de longues phrases de 5 à 6 secondes, entrecoupées de pauses qui le mettent en valeur.

Les rossignols ne chantent pas en chœur , mais chacun d’entre eux est capable d’interpréter jusqu’à 300 mélodies différentes. Sa voix sait rendre toutes les nuances , des timbres cuivrés aux sons de cordes caressées par l’archet. Celui ou celle qui a entendu une seule fois chanter un rossignol, ne l’oublie jamais.

Les mâles arrivent une dizaine de jours avant les femelles : ils chantent, pour délimiter leur territoire et écarter les autres mâles. Leur voix prend son plein volume lorsque les femelles volent parmi eux. Dès qu’une femelle arrive sur le territoire d’un mâle, ce dernier entreprend une cour sophistiquée qui se déroule à couvert. Parfois, le mâle apparaît au-dessus d’un taillis. Bien campé sur ses pattes, le mâle affirme aussi sa domination , au sol. Pendant que l’un chante, l’autre écoute, avant de lui répondre énergiquement !

Un nid camouflé.

Pendant que son partenaire s’égosille avec le talent que l’on sait, la discrète femelle fait son nid au plus profond d’un buisson enchevêtré.

Les rossignols mâles reviennent régulièrement à l’endroit où ils ont déjà niché une ou plusieurs fois. Les « nouveaux » sont attirés par les chants des autres et cherchent alors à délimiter leur territoire dans le voisinage immédiat. Les rossignols qui ne peuvent pas nicher dans une zone déjà occupée par plusieurs couples, vont alors tenter leur chance ailleurs, mais en groupe; sans doute parce que les chants mêles de plusieurs mâles attirent davantage de femelle. Il leur est souvent assez difficile de trouver une zone acceptable, dotée d’un couvert suffisant et pas encore occupée par des rossignols.

Pendant que son mâle chante sans cesse pour défendre le territoire, la femelle construit le nid et y dépose quatre à six œufs qu’elle va couver pendant 13 jours, jusqu’à l’éclosion. Les poussins naissent couverts d’un duvet gris sombre, avec une bouche orange bordée d’un filet jaune pâle. Sans ces quatre bouches jaune orangé largement ouvertes, il serait très difficile de distinguer les oisillons dans le nid, lui-même bien camouflé.

Au fond du nid, les œufs du rossignol ressemblent à des olives noires, mais un examen plus précis révèle un fond gris-bleu, plus ou moins densément tacheté de brun translucide. Ces couleurs ternes constituent un camouflage parfait, au sein des taillis obscurs.

Passé le temps des chants.

Pendant toute la nidification, le mâle est essentiellement occupé à chanter pour délimiter son territoire, courtiser sa femelle et défendre leur nid.

Le mâle arrête de chanter pour aider à nourrir les petits? A u début, il essaie de concilier les deux, en fredonnant de jolies mélodies le bec plein de d’insectes et d’araignées , dans l’espoir d’attirer une autre femelle.

Les rossignols ne peuvent couver qu’une seule fois, car il est bientôt temps de préparer le retour. Vers la fin du mois de juillet, les buissons se couvrent de baies de sureau et le sol des fraises des bois. Elles vont procurer aux rossignols du sucre et des réserves d’énergie avant leur grand départ pour l’Afrique, à la fin du mois d’août ou en septembre.

 

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